Roman en recherche d'éditeur

Le chant du pardon

 

Roman de quête et de pardon



J’ai envoyé, il y a peu, un manuscrit à des éditeurs. Je l’ai nommé : l'arbre des réfugiés


Roman, un entrelac de vie


Toutes les remarques sont les bienvenues ; aussi bien le titre, le sujet que le texte. Merci

À propos


C’est l'histoire de deux jeunes gens issus d’une ferme anabaptiste en Russie. Avec leur enfant, ils fuient la guerre, la famine et l’oppression. Leur rébellion les a conduits à la révolution. La répression les a poussés à la fuite. Contraints de quitter leurs racines, parfois en cachant leurs identités, ils parcourent les branches foisonnantes de l’immigration, insertion et rejet, jusqu’à la terre nourricière de la libération ; voir de la résurrection. Ce roman chante la route de l’exil et la roue de guérison qui conduit à la réconciliation. De secrets en péripéties, de communautés en rencontres, se dévoile peu à peu le mystère enfoui. Je l'ai écrit en hommage aux victimes des préjugés ou des résistants à l’endoctrinement, lesquels, pour pouvoir être eux-mêmes et simplement avancer, doivent parfois s'expatrier. C’est une ode tant à la liberté qu’au pardon, deux chemins ardus qui ont en commun de permettre à l’humain de se tenir debout entre ciel et terre, avec dignité, pour que puisse circuler la lumière de la joie. 


Roman de voyage, image gratuite

Chapitre 1 : confession 


Un troupeau de rennes ondulait le long des mélèzes, bouleaux et sorbiers. Au-travers les chablis surmontés de bois secs et d'épicéas, les animaux fuyaient la pénombre de la taïga où luisaient, sous le couvert des pins, une multitude de points jaunes et fixes. Les loups ! Ils avaient momentanément interrompu leur chasse pour observer la longue file de migrants. Après avoir décidé d’une halte et choisi cinq gars pour monter la garde, le convoyeur ordonna à ses clients d’installer le bivouac à l'abri d'un rocher. Les mères étalèrent dans la poudreuse les tapis afin d’y coucher leur progéniture, soigner leurs engelures et les recouvrir d'épaisses couvertures. Autour d’eux, les pères fabriquaient déjà des tentes de fortune, à l'aide de branches et de toiles, ou bien creusaient des tranchées. Les célibataires s'activaient à ramasser du combustible. En moins d’une heure, un cercle se forma autour d’un grand brasier. Il écoutait en silence le crépitement du foyer dont les flammes léchaient, au risque de les brûler, les visages fatigués. Un incendie n’aurait pas suffi à réchauffer les corps transis et purifier la mélancolie. Un couple veillait leur petit. Les paupières fermées sur un visage détendu, le chérubin semblait rêver d’un foyer douillé ou de mets sucrés. Il ne se plaignait pas vraiment du voyage ; un mois à braver le blizzard et la faim. Avec ses copains de fortune, sitôt le camp monté et en attendant le souper, Mikhaïl oubliait très vite le mutisme de la route, riant, jouant avec les braises ou s’envoyant des boules de neige. Le repas ? L’indispensable thé, une soupe allégée où flottaient quelques morceaux de viande de chasse et de patate rationnées, le pain de seigle cuit dans la braise, au levain malté, confectionnait par les cuisinières prévoyantes. L’unique menu de la journée. Le sarrasin, orge, avoine, blé et millet, les composants de la kacha, étant épuisés depuis longtemps. Les parents de Mikhaïl n’avaient volontairement plus de nom. Ils l’avaient laissé en arrière, empruntant si besoin une fausse identité. Ivan et Rachel se prirent la main et la serrèrent fortement, comme s'ils ne voulaient plus la lâcher. Ils s’unirent dans le reflet tourmenté de leurs yeux auréolés de paupières légèrement bridées. Autour d'eux, les pleurs de bébé, gémissements de malades et conversations de jeunes gens habillaient la solitude des immigrés. Tel était le présent fait de survie et de solidarité. Rachel s’allongea et ne tarda pas à plonger dans un sommeil profond. Le chef d’expédition, coiffé d’une casquette comme la plupart des individus, hommes ou femmes confondus, se rapprocha d’Ivan veillant les siens. Il l’avait pris en affection, du fait qu’il venait également de l’Oural. Il reçut volontiers la tasse de thé brûlant. « Le vent est tombé, commenta-t-il. Pourtant, je ne te cache pas que je suis inquiet. Les vivres sont presque épuisés et le temps est plus rude que jamais. » Il se tut un instant, ses iris noirs enfoncés dans la forêt. « Je ne vous l’ai pas demandé, êtes-vous comme moi d’origine zyriane ? (ou komi de langue finno-ougrienne), s’informa-t-il. — Par nos mères, oui, lui confirma Ivan. — Et par vos pères ? — Russe ! — Comme tu veux, l’ami ; je ne chercherai pas à pénétrer ton secret. En revanche, tu n’échapperas pas à mes conseils. Si, pour une raison ou une autre, tu te perds, voici ce que tu dois faire. Suis les cours d’eau ; à distance, de crainte de tomber dedans. Tu y trouveras de la nourriture. Pour les détecter, fie-toi aux empreintes des animaux. Pour ma part, j’ai survécu en longeant les voies de chemin de fer. Le soir, quand la pression de l’air augmente, ouvre grand tes oreilles ; tu pourras peut-être entendre des bruits signalant une activité humaine, proche ou lointaine. N’oublie pas de maintenir le feu la nuit ou lors des pauses de la journée. C’est le compagnon des voyageurs, pour la chaleur du corps et de l’âme, aussi pour repousser l’humidité. Creuse une tranchée profonde et fabrique une hutte solide ; ta survie et celle des tiens en dépendra. Outre la pêche, tu piégeras le petit gibier et cueilleras des champignons ; seulement ceux que tu connais. Je te montrerai. Maintenant, si tu rencontres un ours, poursuis ta route calmement, sans lui tourner le dos ni l’observer fixement. Si tu ne le peux pas, fait des grands mouvements des bras ; s’il attaque, tombe raide mort. Pour un loup, c’est différent. Surtout pas de gestes brusques ! La cime des arbres est un bon refuge. Sinon, munis-toi d’un bâton, enroule ton avant-bras de vêtements et tends-le en avant ; quand il le mordra, frappe-le sur le museau ou les yeux. Si tu suis mes recommandations, tu survivras dans la taïga. — Me dis-tu cela en perspective de la dissolution de notre caravane ? s’alarma Ivan, abasourdi par tant de mises en garde. — On ne sait jamais. Tu dois pouvoir compter sur toi. Après l’endroit convenu, la route sera longue. Un dernier conseil. Rapproche-toi d’autres réfugiés. C’est mieux d’être à plusieurs ; ça réchauffe le cœur. — Merci, soupira Ivan, ramener abruptement à la réalité. — Mes conseils sont gratuits, pas la course. Je prends de grands risques en guidant hors du pays des ennemis de la révolution. Vous êtes les derniers. Je suis surpris qu’ils restent encore des gens à fuir la Russie. — Heureux de savoir que je ne te mets pas au chômage, plaisanta Ivan. Toutefois, tu te trompes, camarade, nous étions bien révolutionnaires. Ce sont les démonstrations de force qui nous poussent loin de chez nous. C’est juste que nous n’avons pas pu nous mettre en route plus tôt. — Honnête avec ça. À toi, je peux te le dire. Mes parents avaient des terres et des propriétés. — Je croyais qu’ils élevaient des rennes. — Leurs ancêtres. Je n’étais pas là quand ils ont été expulsés de chez eux. Les Rouges (bolcheviks) ont pillé puis incendiés notre maison et ses dépendances. Plusieurs oncles et cousins, incorporés dans les troupes blanches (opposant au pouvoir des Rouges), n’ont pas pu revenir. Les miens logent maintenant au village. — N’ont-ils pas eu de problèmes avec leurs paysans ? — Au début oui. Par la suite, la population a été fouillée ou expulsée par les différentes armées, les commerçants perquisitionnés, emprisonnés, relâchés en échange de l’aveu de leurs pensées subversives. Puis le froid, la faim et les maladies sont arrivés en même temps que la mort. Il suffit d’écouter le témoignage des rescapés : les isbas brûlées pour avoir été trop chauffées ou en représailles, les révoltes réprimées à coup de mitrailleuses, les cadavres enveloppés dans des draps et alignés dans des boyaux. La révolution était nécessaire, j’en conviens ; à ce prix-là, j’en doute. J’y ai pourtant cru moi aussi. Plus de pauvres et d’opprimés ! le monde pouvait enfin changer ! Qu’ils étaient beaux les défilés de drapeaux rouges glorifiant la victoire. L’ancien système tombait et le nouveau n’en finissait pas de commencer. En attendant, la débrouillardise. J’ai habité les maisons autrefois cossues des cités où je trouvais un emploi d’ouvrier. C’est quand j’ai vu tous ces gens, que Lénine nommait les « poux », entassés dans les gares, que j’ai décidé de les aider. » Ivan ne put digérer la poignée de clous dont le gavait le convoyeur ; des propos tant de fois entendus dans le convoi. Une pensée cynique vint titiller sa raison. Son interlocuteur ne se faisait-il pas gracieusement payer ? À son tour, Ivan eut envie de lui partager son parcours. « Au début de la révolution, nous avons été séduits par les possibilités qu’apportait de ce grand changement. Nous nous sommes impliqués dans les différents comités, voyant là une occasion de repartir à zéro. Deux mois plus tard, éclatait la guerre civile. Nous avons assisté, horrifiés, à l'effondrement de la société dans la violence et la terreur généralisée. Puis sont venus l'intransigeance destructrice de la pensée unique, les règlements de comptes spontanés, les dérives dictatoriales et la suppression de toute trace de spiritualité dans ce nouvel Empire prolétaire. Je dois me confesser, camarade. J’étais du côté de ceux qui ont chassé tes bourgeois de parents. — Eh bien, camarade, je les vengerai en te chassant de ces contrées » lui rétorqua en ricanant le passeur. 

                                      *** 

Ils espéraient la paix et ne pouvaient tuer. Ils refusèrent les armes, l’exil en Sibérie. Hors du monde ils vivaient, menace et perdition. Les anticonformistes, traqués et pourchassés. Un seul baptême adulte, et librement choisi. Parce qu’ils baptisèrent, alors condamnation. Pas de gouvernement, la Bible, l’autorité. Liberté religieuse, communauté de vie. Dans des fermes collectives, refus d’imposition. Travail, repas, école, tout était partagés. Pas de guerre pour les hommes, suscita jalousie. Famine et pauvreté, haine et persécutions. Le Tsar les poursuivit et leur fit des procès. Pour trop de répression, ils quittèrent le pays. Aux States, au Canada, ils fuirent la conscription. 
                                         ***

Roman des saisons

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